Pourquoi les boutiques de fleuriste sont en déclin à Montréal

Physiothérapie sportive au gym - Article en cours de rédaction, ne pas publier... Geneviève Brulé-Lacroix
Fleuriste Montréal et atelier de composition florale

Fleuriste rue St-Denis Montréal

10 tulipes à 10$, est-ce vraiment possible en ce contexte économique difficile? Chaque propriétaire de boutique de fleuriste doit rivaliser d'ingéniosité pour tirer son épingle du jeu sur l'Île de Montréal. Dans les années 1950 et 1960, des quartiers comme Rosemont, le Plateau Mont-Royal, la Petite Italie ou encore la Petite-Patrie était autrefois réputés pour abrîter les plus réputées et plus jolies boutiques de fleuriste de la province. Les temps ont changé depuis et à partir du tournant des années 2000, leur nombre sur l'Île de Mtl a chuté de 380 à 95, et de celles-ci, plusieurs voient le jour mais ne survivent pas 2 années en affaires.

Ici quelques hypothèses et observations d'un ex-fleuriste qui a abandonné la profession et fermé son magasin en juin 2013 après 47 années d'activité (1966-2013) dans le quartier St-Michel.

1. Stress financier défavorable

Coûts des espaces locatifs en progression, taxes commerciales municipales à payer, la cotisation à la CSST (eh oui des accidents surviennent chez des employés ayant à manoeuvrer des outils tranchants et des tiges piquantes à longueur de journée), facture de chauffage et d'électricité élevée pour les réfrigérateurs volumineux, items de décoration de premier plan, assurances d'entreprise, le ou les véhicules de livraison... Les factures s'accumulent et les fins de mois arrivent vite. Encore faut-il parler du suivi des inventaires par le comptable qui n'est pas non plus une mince affaire et dont le coût de comptabilité est récurrent et beaucoup plus élevé que pour d'autres types de commerce car les fournisseurs ne sont pas uniques.

2. Règlement d'urbanisme

Un fleuriste à Montréal doit opérer à partir d'un zonage de type industriel léger et obéir à une réglementation stricte de tous les instants qui comprend une installation électrique et de plomberie répondant à des critères pointus. A tout moment, celui-ci peut recevoir la visite impromptue d'un inspecteur en bâtiment municipal ou des pompiers. Cela complique donc la tâche au moment de trouver un local à louer qui satisfait aux normes municipales et qui s'avère aussi un site judicieux sur le plan commercial (accès à une clientèle abondante et géographiquement bien située). Autrement, l'entrepreneur se retrouvera à l'écart de la zone urbaine dense. Mais cette proximité immédiate avec les clients a son prix et cela se réflète sur le prix du bail mensuel. En guise d'exemple, un local de 2.000 pieds carrés localisé sur la rue Côte des Neiges peut représenter un bail fixe de 5 ou 10 ans à raison de 4.500$ à 6.000$ par mois. Compte tenu qu'un bouquet romantique ou d'anniversaire se vend en moyenne 40$ pour une marge de profit nette de 20$, le locataire devra assurément devoir vendre 225 de ces petites compositions florales (7.5/jour) avant d'espérer faire son premier dollar de profit.

3. La vente en ligne est peu rentable

Le modèle de vente personne à personne selon un mode classique condamne le fleuriste de Montréal à ne pouvoir compter que sur son voisinage immédiat pour réaliser des ventes. Les plus chanceux profiteront de facilités de stationnement et ainsi espérer que des visiteurs supplémentaires possédant un véhicule se garent à l'occasion.

C'est l'une des raisons pour lesquelles l'entrepreneur se tournera vers la vente sur internet et espérer ainsi profiter de la manne pouvant être associée au commerce électronique. Or, difficile de vendre en ligne.

D'abord, un site transactionnel complet coûte au minimum 10.000$ à la conception. Ensuite, le référencement et la publicité peuvent représenter une facture de 500$ à 2000$ par mois car le marché montréalais est déjà envahi par plusieurs poids lourds. C'est pourquoi le boutiquier optera généralement pour confier ses ventes en ligne à un intermédiaire comme Teleflora, lequel s'occupe de répartir les achats entre les succursales suivant différents critères (par exemple la disponibilité ou l'accès géographique) et prendra ensuite une commission sur chaque vente réalisée. Ce % de frais dépend d' un ensemble de règles négociables. Mais il demeure que se démarquer des compétiteurs impose d'offrir plus mais en maintenant le prix le plus abordable possible. Au final, la marge de bénéfices se situe en-deça de ce que le fleuriste peut encaisser en boutique lors d'une vente directe.

4. Omniprésence des fleurs lors des activités de shopping

Dans les épiceries, chez Costco, Wal-Mart, dans les dépanneurs ou le long des bouches métro, les occasions d'acheter un petit bouquet sympa et peu dispendieux ne manquent pas durant les activités de la vie quotidienne. Autant d'opportunités qui rendent le consommateur paresseux et qui, malgré que celui-ci reconnaîtra aisément qu'il trouverait "mieux" chez un fleuriste de métier, se laissera parfois tenter par ces petits achats impulsifs. Résultat: une vente perdue.

5. Déclin de la fidélisation

Autrefois, que ce soit pour envoyer ses bon voeux à un patient à l'hôpital, lors d'un mariage, des funérailles ou à la St-Valentin, on se rendait toujours au même endroit. Le fleuriste vous connaîssait de longue date, au point de pouvoir dresser l'arbre généalogique même de votre famille ou encore de savoir le nom de notre épouse, celui de votre nouvelle flamme ou encore celui de votre maîtresse... Désormais, il est plus difficile de fidéliser l'acheteur. Adhérer à des programmes de fidélisation comme Air Miles, Boniplans ou Points Aéroplan est coûteux et peut représenter un manque à gagner de 5% par facture en plus de forcer le détailler à payer plusieurs tarifs annuels pour pouvoir jouir du privilège de continuer d'appartenir à un programme.

6. Une guerre des prix sacrifiant la personnalisation

Pour rogner sur les coûts, le fleuriste montréalais est forcé de préparer des présentoirs de bouquets au gré des fleurs en solde qu'il déniche en pépinière (de semaine en semaine) plutôt que de favoriser une approche pièce par pièce (i.e. monter un bouquet original fleur par fleur devant le client ou la cliente). On perd donc quelque peut le goût de la création et l'ennui s'installe. De plus, les paniers d'aujourd'hui sont certainement moins attrayants et spectaculaires qu'ils ne l'étaient pour le même prix (en dollars indexés) dans les années 1970 ou 1980.

Évidemment, il demeure possible de s'offrir une composition ad hoc dans n'importe quel fleuriste indépendant de quartier. Mais l'acheteur est généralement séduit par l'idée de payer moins cher tout en profitant d'un bouquet déjà beaucoup plus joli, raffiné et luxuriant qu'à l'épicerie. Cela crée une spirale de standardisation à laquelle chaque fleuriste de Montréal finit par céder.

7. Pénurie de main-d'oeuvres

Compte tenu des bas salaires, du roulement de personnel et de l'impossibilité pour le boutiquier d'offrir des emplois dotés d'avantages sociaux ou de plan de retraite, il est malaisé de maintenir une forte rétention de main-d'oeuvres qualifiée. De plus, les horaires brisés et les heures supplémentaires les soirs et le week-end qui demeurent un élément inhérent à ce type d'industrie découragent les travailleurs d'expérience autant que les nouveaux diplômés à long terme. Le nerf de la guerre dans le marché de la fleur est la fiabilité et la capacité de répondre aux commandes urgentes lors de commandes de dernière minute. Si l'entrepreneur a du mal à pouvoir compter sur des employés stables, talentueux et travaillants, il ne pourra pas soumissionner à des appels d'offre de plus grande envergure. Comme par exemple confectionner 100 couverts de tables pour une cérémonie de mariage ayant lieu un samedi. En cas de non-livraison ou de livraison en retard, la boutique s'expose à une poursuite en dommages et intérêts qui pourrait carrément mettre sa situation financière en péril.

8. Coût du transport et temps

Les plus gros fleuristes de Montréal possèdent leurs propres serres de culture directement sur l'Île de Mtl et peuvent s'assurer d'un approvisionnement à temps et abondant tout au long de l'année. En revanche, le petit boutiquier doit faire des pieds et des mains pour mettre la main sur des produits de qualité et au plus bas coût possible cultivés en banlieue de la métropole. Plusieurs dizaines de serres et pépinières éparpillée à St-Bruno, Laval, St-Esprit, Joliette, etc. agissent à titre de fournisseurs. La négociation se fait au cas par cas et selon la disponibilité des stocks. Pour profiter des bonnes affaires, le fleuriste doit consacrer de 10 à 40 heures par semaines pour faire la tournée des serres au volant de son véhicule. Le fleuriste propriétaire mène donc davantage une vie de camionneur et d'acheteur sur la route que celle d'un artiste floral.

*Proactif : profiter de toutes les opportunités. Par exemple offrir des bouquets en collaboration avec des magasins de robes de bal pour finissants et graduation.

Fleuriste quartier Petite Patrie Montréal

Sebastian Crew Montreal Laval Longueuil Brossard

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